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Dans le langage courant, un mot est une suite de caractères graphiques ou de sons formant une unité sémantique et pouvant être distingués par un séparateur (blanc typographique à l'écrit, pause à l'oral).
Un mot correspond à un ensemble de lettres regroupées entre deux espaces et qui comporte un sens particulier (qui exprime quelque chose par lui-même). On classe les mots en dix catégories qu'on appelle aussi la «nature» du mot. Lorsqu'il fait partie d'une phrase, le mot joue un rôle qu'on appelle «fonction».

La force des mots


Savoir comment les mots peuvent être violents, c'est d'abord comprendre en quoi consiste leur force, car il ne peut y avoir de violence que dans le cas d'un usage abusif de la force, de la contrainte. Est violente une force qui outrepasse une limite estimée légitime, qui transgresse une norme, une règle ou un ensemble de normes et de règles.

Le problème comprend donc deux moments. Il suppose que nous commencions par saisir en quoi consiste la force des mots, puis que nous nous demandions quelles sont les règles et les normes qui se trouvent transgressées quand on parle de violence des mots. Certes, il est une façon de déplacer le problème, qui n'est d'ailleurs pas sans légitimité, encore que nous n'apercevions pas d'emblée celle-ci : un discours violent est une parole ou un écrit au service de la violence politique, morale, pédagogique, religieuse. Le discours est alors serviteur d'une violence qui n'est pas directement de son fait, mais dont le principe est à chercher dans l'irrespect des personnes, dans le mépris de leur liberté, de leur égalité, de leur bienveillance réciproque peut-être. Il se pourrait que tout discours qui accompagne une conduite ou une politique violentes fût lui-même porté à être violent, soit par cynisme -la force s'énonçant comme force dans son exaction même-, soit par hypocrisie -la force se masquant pour exercer ses exactions et ses débordements sous couvert d'un respect scrupuleux des valeurs. Les mots ne seraient pas violents par eux-mêmes : ils le seraient par complicité avec une violence qu'ils contribueraient à promouvoir, par ruse, sous les voiles de son contraire.

Nous nous demanderons si les mots peuvent être violents, non pas seulement parce qu'ils sont émis dans une situation de violence, qu'ils couvrent ou expriment, et dont le principe se trouve hors d'eux, mais s'ils peuvent l'être par eux-mêmes. N'y a-t-il pas une violence propre aux mots et en quoi consiste-t-elle ?

Convenons, d'entrée de jeu, que la question est étrange, car, pour que le langage soit langage, il ne peut contrevenir à un ensemble de règles syntaxiques, sémantiques, rhétoriques. A supposer qu'il y ait un sens à parler de la violence d'un discours, le discours ne peut tourner cette violence contre lui-même ; il ne peut faire violence à ses propres règles, lesquelles doivent être reconnues et respectées par son locuteur et ceux qui l'écoutent ou le lisent. Mais alors contre quelles règles le langage exerce-t-il sa violence ?

Il ne faut pas répondre trop vite que les règles dont il s'agit sont nécessairement des règles politiques, morales ou éthiques. L'autorité est une notion beaucoup plus générale et beaucoup plus diversifiée que l'autorité des règles que nous venons de citer. Si l'on n'élargissait pas les limites de la notion d'autorité, telle qu'on puisse parler, à la façon de Hume, de l'autorité d'un sentiment, de celle d'un objet qui s'impose à nous, d'un tableau, d'une image, d'un animal sur son milieu, on ne pourrait pas non plus concevoir comment le langage fait autorité, c'est-à-dire exerce une force, voire, dans certains cas, une violence, tant sur celui qui écoute ou lit que sur celui qui parle ou écrit.

Notre problème est donc de savoir en quoi consiste l'autorité du langage et quelles sont les règles qu'il transgresse quand on peut légitimement le qualifier de violent. Ce n'est qu'à cette condition seule que nous comprendrons comment le langage peut se mettre au service d'une violence qui n'est pas la sienne ; il se pourrait en effet que le langage ne puisse se mettre au service d'une violence extérieure, que parce qu'il est capable d'exercer une autorité, voire une violence sui generis.

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